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Les pour et les contre du salaire minimum à 15 $

Les pour et les contre du salaire minimum à 15 $

Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) veulent hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure, tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) préfèrent une hausse plus graduelle qui progresse au rythme de la hausse du salaire moyen au Québec. Quelle est la meilleure proposition pour les 233 200 travailleurs au salaire minimum ? La réponse n’est pas si simple, préviennent les économistes. D’autant plus qu’en pratique, un travailleur québécois au salaire minimum a beau gagner 2 $ de moins l’heure qu’en Ontario, son revenu disponible est plus élevé. Débat en huit questions.

1. Quel est le salaire minimum au Québec ?

Au Québec, le salaire minimum est de 12 $ l’heure. Le gouvernement Couillard l’a augmenté de 0,75 $ l’heure le 1er mai dernier, la hausse la plus importante depuis 2001. Les économistes ont une deuxième façon de calculer le salaire minimum : par rapport au salaire moyen. De 2001 à 2016, le salaire minimum au Québec s’est situé entre 45 % et 47 % du salaire moyen. Cette proportion est passée à 48 % en 2017 puis à 49 % après le 1er mai 2018. En Ontario, le salaire minimum est de 14 $ l’heure, soit 55 % du salaire moyen ontarien.

2. Faut-il s’arrêter au seuil de 50 % ?

L’économiste Pierre Fortin, professeur émérite à l’UQAM, recommande à Québec « d’augmenter le plus possible le salaire minimum » jusqu’à ce qu’il atteigne 50 % du salaire moyen. À ce seuil de 50 %, il vaut mieux arrêter, dit-il, car les entreprises s’adaptent et le taux de chômage augmente. « Dans les années 70, on avait un salaire minimum à 55 % ou 60 % du salaire moyen au Québec, et il y a eu une hausse du taux de chômage chez les jeunes », dit M. Fortin.

3. Qui propose 50 % du salaire moyen ?

Le PLQ vise un salaire minimum équivalant à 50 % du salaire moyen. Actuellement, ce ratio est à 49 %. « C’est le principe choisi pour augmenter le salaire minimum et trouver un équilibre pour qu’il n’y ait pas de choc économique », dit la ministre de l’Économie Dominique Anglade, aussi candidate du PLQ dans Saint-Henri–Sainte-Anne, à Montréal.

La CAQ veut maintenir le salaire minimum entre 47 % et 50 % du salaire moyen (précision : il n’y aurait en aucun cas une diminution du salaire minimum). « C’est le meilleur équilibre pour assurer la pérennité des emplois et la croissance des entreprises », dit François Bonnardel, candidat de la CAQ dans Granby, en Montérégie. Selon la CAQ, hausser le salaire minimum tout de suite à 15 $ serait un « jeu extrêmement dangereux » qui pourrait « favoriser le décrochage » chez les jeunes.

4. Qui propose 15 $ l’heure ?

Le PQ promet une hausse de 3 $ en quatre ans pour arriver à 15 $ l’heure en 2022. Le salaire minimum passerait alors de 49 % à environ 55 % du salaire moyen (en calculant que le salaire moyen augmente de 3 % par an). « L’objectif est d’aider les travailleurs au bas de l’échelle, mais le faire brusquement pourrait causer des problèmes, dit Nicolas Marceau, candidat du PQ dans Rousseau (Lanaudière). C’est plus sage de le faire graduellement. » Québec solidaire propose de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure en mai prochain, ce qui constituerait 59 % du salaire moyen. « C’est une hausse comparable à ce qui a été fait en Ontario, et il n’y a eu aucun effet négatif en termes de pertes d’emplois. Les gens doivent avoir un salaire décent pour être capables de vivre », dit Alexandre Leduc, candidat de QS dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. QS prévoit une enveloppe de 500 millions sur cinq ans pour compenser les entreprises qui ont des difficultés avec la hausse du salaire minimum, les organismes sans but lucratif et le secteur agricole.

6. Y aurait-il des pertes d’emplois ?

Les partisans du salaire minimum à 15 $ l’heure font valoir l’expérience ontarienne. Il est toutefois trop tôt pour en tirer des conclusions, prévient Morley Gunderson, professeur émérite d’économie à l’Université de Toronto et spécialiste de la question du salaire minimum. « Ça prend plus de temps pour sentir les effets d’une hausse importante du salaire minimum, dit-il. À long terme, il y a un effet négatif sur le taux de chômage chez les jeunes. Les employeurs ne font pas de mises à pied, mais ils engageront moins d’employés à l’avenir ou accéléreront l’automatisation de leurs installations. » Selon le professeur Gunderson, la demi-douzaine d’études effectuées au Canada sur la question du salaire minimum sont claires : une hausse de 10 % du salaire minimum provoque une baisse de l’emploi de 3 % à 6 % chez les adolescents et les jeunes. En décembre dernier, les chercheurs de la Banque du Canada ont conclu que les hausses du salaire minimum retrancheront l’équivalent de 60 000 emplois à la croissance de l’emploi au Canada en 2019 (même en tenant compte de la hausse du salaire minimum)

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Pour lire la suite de l’article de Vincent Brousseau-Pouliot, paru dans la Presse, c’est par ici!

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