Commerce Sherbrooke

Doit-on limiter le nombre de restaurants à Sherbrooke?

Doit-on limiter le nombre de restaurants à Sherbrooke?

*Voici un texte publié dans le bulletin L’Observatoire commercial – printemps 2015.

Au cours des derniers mois, cette question a fait le tour des villes du Québec. Pourtant, des établissements continuent d’ouvrir malgré la fermeture de plusieurs autres. Y a-t-il trop de restaurants à Sherbrooke? Devrait-on réglementer ce secteur d’activité?

Pour François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurateurs du Québec, la situation actuelle dans le domaine de la restauration n’a rien à voir avec l’offre commerciale régionale. C’est plutôt la situation économique du Québec qui va mal. « La proportion du revenu disponible consacrée à la restauration a diminué de façon significative et se retrouve au 9e rang parmi les 10 postes de dépenses recensés des ménages », explique-t-il. De plus, les changements de consommation de la clientèle d’affaires ont également eu un impact important sur ce secteur commercial. « La clientèle d’affaires a toujours permis de rééquilibrer le marché en période d’incertitude. Cependant, les coupes dans les comptes de dépenses, les déjeuners d’affaires de plus en plus populaires au détriment des dîners, la diminution des déplacements des gens d’affaires américains vers chez nous et les services de restauration directement en entreprise sont des facteurs qui affectent grandement le monde de la restauration. » M. Meunier ajoute que les restaurateurs ayant développé un service de traiteur obtiennent de très bons résultats et, actuellement, les seuls secteurs en croissance sont ceux des déjeuners et des collations.

Oui, mais est-ce qu’on doit limiter le nombre de restaurants? « Imposer des quotas pour tout le Québec serait du jamais vu! Nous sommes dans un libre marché et il faut l’accepter. On doit se protéger pendant la tempête et écouter sa clientèle », indique M. Meunier. Toutefois, il laisse la porte ouverte pour certaines municipalités qui pourraient identifier des secteurs sursaturés et les réglementer sur des critères de tranquillité publique et de diversité commerciale. Par exemple, limiter en imposant une distance minimale entre les restaurants, comme c’est le cas dans certains arrondissements de Montréal. Toutefois, M. Meunier nuance de nouveau ce propos en mentionnant que la présence de plusieurs restaurants sur la même rue n’est pas mauvaise en soi, car tous ensemble, ils deviennent une attraction.

Nous sommes parfois tentés de comparer les ratios entre les différentes villes et de calculer le nombre de restaurants par habitant. La moyenne de Sherbrooke est un restaurant pour 588 habitants. À la lumière du tableau présenté, ce ratio n’est pas alarmant par rapport aux autres villes. Toutefois, d’autres facteurs sont à considérer comme l’état de l’économie, le chômage, la localisation des pôles d’affaires, etc.

Si nous demandons l’opinion des restaurateurs locaux concernant l’imposition d’un quota de restaurants à Sherbrooke, tous préfèrent le principe de libre marché. Toutefois, leur avis diverge sur la façon de gérer la concurrence. Pour Pierre Elyson, propriétaire des Louis Luncheonette à Sherbrooke, il y a peut-être trop de restaurants à Sherbrooke, mais il croit surtout qu’il n’y a pas assez de bons restaurateurs. « Il faut arrêter de se fier aux règlements pour faire des affaires. En fin de compte, la loi de l’offre et la demande vient purifier le marché », mentionne-t-il. Pour Daniel Schoolcraft, propriétaire du restaurant Da Toni et de 9 restaurants Subway à Sherbrooke, ce n’est pas le nombre de restaurants qu’il faudrait limiter, mais plutôt celui de places assises. « Si j’ouvrais un autre restaurant comme le Da Toni, je mettrais au maximum 50 places assises et 20 places à l’extérieur. » Du côté de Serge Roy, propriétaire de la Brasserie Le Dauphin, il y a effectivement beaucoup trop de restaurants à Sherbrooke, mais c’est aux entrepreneurs de s’en rendre compte. « Si l’on réglemente le secteur de la restauration, ce sera ensuite le tour des dépanneurs et des concessionnaires automobiles? Où sera la place de la libre entreprise? » Même son de cloche du côté d’Anick Beaudoin du restaurant Auguste. « S’il y avait eu un moratoire, je n’aurais pas pu ouvrir mon restaurant il y a sept ans. Je pense qu’en tant qu’entrepreneur, il faut avoir une conscience sociale à l’échelle du quartier et de la ville. Les restaurateurs doivent travailler ensemble pour avoir des offres différentes. » Elle croit beaucoup en la formation qui sensibilise les étudiants en cuisine à la réalité du marché. Ouvrir son propre restaurant est souvent le but ultime pour les jeunes apprentis-chefs, mais est-ce vraiment souhaitable pour chacun d’entre eux?

Nombre d’habitants par restaurant*
369  –  QUÉBEC
379  –  MONTRÉAL
411  –  DRUMMONDVILLE
500  –  GRANBY
503  –  GATINEAU
520  –  SAINT-HYACINTHE
541  –  PLESSISVILLE
545  –  SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU
552  –  DE L’ÎLE-PERROT
555  –  VAUDREUIL-DORION
562  –  SALABERRY-DE-VALLEYFIELD
588  –  SHERBROOKE
618  –  COATICOOK
654  –  CHÂTEAUGUAY
658  –  LA PRAIRIE
692  –  SAINT-LAMBERT
730  –  ROUSSILLON (MRC)
738  –  SAGUENAY
857  –  SAINT-CONSTANT
860  –  ROUYN-NORANDA

*Source : Groupement d’intérêt de l’armature commerciale

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